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Portraits d'orvaltaises : Françoise Lochmann

Publiée le :

lun, 14/03/2022 - 16:51
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« Les violences faites aux femmes, ça ne devrait plus exister en 2022 »

Orvaltaise depuis 1966, Françoise Lochmann est aujourd’hui une nonagénaire à l’esprit vif, connectée à son époque : elle correspond par mails, via son ordinateur portable, et se tient parfaitement informée de ce qui se passe dans le monde. Elle nous livre son regard affûté sur l’évolution de la place de la femme dans la société.

« Dans ma famille, il y avait bien des choses que les filles de ma génération ne s’autorisaient pas à faire. Comme grimper aux arbres par exemple. Ou parler de ses règles. C’était un sujet tabou. Lorsque nous partions au bord de la mer, nous n’allions pas nous baigner si nous étions “indisposées”. Nous restions sur la plage, à regarder les autres profiter de l’eau. Avoir ses règles était humiliant et il y avait là quelque chose de l’ordre de l’impur… Il y avait aussi d’autres choses que l’on ne s’autorisait pas, notamment scolairement. Tous les garçons de mon entourage familial poursuivaient des études supérieures, tandis que nous, les filles, nous faisions des études qualifiées de “subalternes” : secrétariat, infirmière, laborantine, etc. »

Françoise Lochmann s’oriente donc vers le secrétariat, se marie et arrête de travailler pour s’occuper de ses cinq enfants. Quand la dernière de ses filles entre à l’école, elle reprend ses études, à l’âge de 38 ans, pour obtenir une licence de psychologie. « Je n’avais jamais imaginé aller à la fac un jour quand j’étais jeune. C’était complètement en dehors de mon univers… Ça n’était pas courant, à l’époque ! ». Quelque temps auparavant, en mai 1968, elle avait décidé d’adhérer au planning familial « dans l’idée de favoriser l’information sur la contraception, pour que les femmes ne soient pas sujettes à des grossesses répétées, non désirées ». Plus tard, elle devient conseillère au Centre de planification familiale du CHU de Nantes, appelé depuis Centre Simone-Veil, et elle travaille dans une association d’aide à la remise à niveau de femmes souhaitant reprendre le travail.

« En 1977, Maurice Poujade m’a proposé de faire partie de sa liste aux municipales. J’ai donc été adjointe aux affaires scolaires et au jumelage le temps d’un mandat. À l’époque, sur 27 élus, nous n’étions que cinq femmes, dont trois à un poste d’adjoint. L’une d’elle était adjointe aux finances, ce qui n’était pas fréquent à l’époque. Elle était comptable et compétente ! »

Françoise se souvient que, en tant que femme, ça n’était pas toujours facile de s’imposer. « J’ai globalement toujours constaté que la parole de la femme était plus difficile à faire entendre. Je ne pense pas que c’était intentionnel ou que c’était de la mauvaise volonté de la part des hommes. C’était plutôt quelque chose d’assez insidieux. Il était tout simplement plus difficile pour une femme de prendre sa place… ». À l’époque, Françoise enchaine les réunions. « Mon mari travaillait beaucoup et il était souvent absent. Il fallait anticiper les repas, les courses, les activités des enfants. Je me souviens que c’était assez sportif de gérer les cinq enfants et mes différentes activités ! Aujourd’hui, les choses ont quand même évolué sur ce point, je crois. Je vois bien que mes fils et mes petits-fils partagent davantage les tâches ménagères et éducatives. De toute façon, que l’on soit un homme ou une femme, combiner une vie professionnelle avec une vie familiale avec plusieurs enfants me paraît plus difficile à l’heure actuelle, et surtout pour ceux qui vivent à Paris ».

Françoise nous confie qu’elle se sent quelque part comme une intermédiaire entre la génération de ses parents où aucune femme ne travaillait et les générations suivantes : « mes deux filles ont fait des études supérieures et ont travaillé, tout en ayant des enfants. Mes petites-filles aussi travaillent et, aujourd’hui, je ne rencontre aucune jeune femme qui souhaite être mère au foyer ».

Lorsqu’on lui demande ce qu’elle souhaite pour les petites-filles d’aujourd’hui, elle n’hésite pas : « je leur souhaite d’arriver à trouver une place qui respecte leur personne, qu’elles se sentent utiles à la société ! Je trouve que la place de la femme dans la société évolue dans le bon sens. En revanche, la place de la femme dans la famille, je ne sais pas… Je suis encore étonnée de lire dans les journaux des cas d’agressions sexuelles, des violences conjugales, des féminicides. Même si l’on en parle quand même plus qu’à la fin des années 70, où les violences conjugales étaient totalement passées sous silence, ça ne devrait plus exister ! Si j’avais deux grands combats à mener pour le droit des femmes aujourd’hui, ce serait la défense de l’égalité de salaire entre les hommes et les femmes et la protection des femmes contre les agressions, le harcèlement et tout ce qui est lié directement à la domination masculine, de prise de pouvoir sur la femme. Sur ce point, c’est certes une question de loi, mais c’est aussi et surtout une question d’éducation dans les familles : il ne faut pas privilégier les garçons par rapport aux filles, ne pas leur donner un statut différent, pour ne pas les inciter à penser qu’ils sont supérieurs à leurs sœurs ou à leurs cousines ».

 

Propos recueillis par Florence Jarry, journaliste et biographe

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