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Portraits d'orvaltaises : Céline Letertre

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« Ça m’a pris pas mal d’années pour me dire que je méritais ma place dans le monde du travail »

Femme active de 41 ans, Céline Letertre travaille aujourd’hui au service marketing d’une grande entreprise ligérienne. Elle est aussi pacsée et maman d’un petit garçon de huit ans. Comme le dit la chanson, ce n’est pas toujours facile d’être une femme libérée ! Cette Orvaltaise dynamique et spontanée nous confie avec naturel et sincérité sa vision des femmes dans notre société, notamment dans le monde du travail.

« Fabricants de ciment, de tuiles, d’enduits ou d’équipements sanitaires : finalement, j’ai toujours travaillé dans des univers plutôt masculins ! Ce n’est pas toujours évident, quand on est une jeune femme, d’avoir assez confiance en soi et de se sentir crédible dans ces secteurs… On est facilement considérée comme la nana bien mignonne mais pas très sérieuse, notamment par des hommes plus âgés. J’ai comme ça le très mauvais souvenir d’une réunion de chantier où j’ai été humiliée par un des participants, qui avait lancé à la volée : ʺQu’est-ce qu’elle fait là, la petite jeune ?ʺ. À l’époque, j’avais 25 ans, j’étais timide et je n’ai pas su réagir, je suis restée coi. Depuis, je me suis beaucoup endurcie. Je ne me laisse plus faire. Avec le temps et l’expérience, j’ai changé. »

Pourtant, travailler dans le BTP, c’était le fruit du hasard pour Céline Letertre. Nantaise d’origine, elle a mené ses études à Saint-Nazaire (DUT techniques de commercialisation) puis à la Rochelle (école de commerce et diplôme universitaire en gestion de projet), avant d’effectuer un stage en région parisienne au service marketing d’une entreprise spécialisée dans les matériaux de construction. À l’issue de son stage, elle a été embauchée en CDD puis en CDI. C’était le début de l’aventure ! Quelques années plus tard, en 2017, avec son conjoint, ils décident de revenir aux sources et de rentrer à Nantes, puis de s’installer en 2018 dans une maison du Petit Chantilly à Orvault, leur quartier coup de cœur. « Aujourd’hui, je suis chef de produits au service marketing d’une société qui fabrique des équipements sanitaires, située à Carquefou. J’aime mon métier et mes missions. C’est varié, aucune journée ne ressemble à une autre, j’apprécie mes collègues et mon travail me semble utile. Bref, je suis passionnée ! » D’ailleurs, Céline avoue volontiers que le travail occupe une place importante dans sa vie et que son conjoint aimerait bien qu’elle soit plus présente la semaine... 

Oui, parce que comment concilier vie professionnelle et vie privée quand on est à la fois femme, mère de famille et salariée ? Comment trouver le bon équilibre ? Céline est la maman d’un petit garçon de huit ans et, avec son conjoint, ils se sont partagé les tâches familiales. « C’est lui qui va chercher notre fils le soir. Il l’aide à faire ses devoirs et prépare aussi à manger. Afin d’éviter les bouchons le soir, je pars un peu plus tard, mais je rentre toujours pour dîner. C’est important pour moi de partager ce moment à trois. Après, c’est moi qui m’occupe du coucher. » Une organisation bien huilée ! Et le week-end, au programme, c’est handball pour le fiston, jardinage, lecture, promenades en famille et sorties chez des amis ou en amoureux. Dans l’entourage proche de Céline, les tâches sont plutôt équitablement partagées, « une question de génération », selon elle.

Mais la priorité pour cette quadragénaire dynamique qui adore le printemps et les grands espaces, c’est l’indépendance : « Cela me semble essentiel que les femmes soient libres de penser et d’agir, qu’elles puissent faire leurs propres choix sans qu’on leur impose quoi que ce soit. Il n’y a pas si longtemps, elles n’avaient même pas le droit d’ouvrir un compte en banque ! Moi, je veux travailler et pouvoir décider de ce que je fais de mon salaire. C’est très important de ne dépendre de personne. » Autre souhait qui lui tient à cœur pour les femmes d’aujourd’hui et de demain : la lutte contre les violences et les agressions sexuelles. « Il nous reste encore du chemin à parcourir : une femme devrait pouvoir se sentir en sécurité partout où elle va ! » Pour Céline Letertre, c’est aussi une question d’éducation : « Afin de changer les mentalités, il faut sensibiliser dès le plus jeune âge au respect des femmes et au consentement. Et si ce n’est pas fait à la maison, l’école doit pouvoir prendre le relais. C’est important aussi que les collectivités publiques puissent offrir des lieux refuges aux femmes qui sont en danger et qui ont besoin d’être protégées. »

Certes, cela lui a pris quelques années de se dire qu’elle méritait sa place dans le monde du travail. Elle a pris confiance en elle à 36 ans, alors qu’elle était accompagnée pour faire un bilan de compétences qui s’est petit à petit transformé en coaching. « Depuis, j’ai arrêté de m’excuser d’être là. Je suis parfois même un peu trop rentre-dedans... Ce n’est pas facile de ne pas tomber dans l’excès inverse ! Mais j’adore toujours aller sur les chantiers et j’ai le sentiment que mes collègues m’écoutent quand je parle. » Sans vouloir stigmatiser les genres, Céline déclare être très heureuse d’être une femme, d’avoir eu la chance d’avoir un enfant et de comprendre facilement les émotions des autres.

 

Propos recueillis par Cécile Roger, rédactrice