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Portraits d'Orvaltaises : Mona Francis

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« Femme ou homme, peu importe, il faut juste faire des choix et les assumer jusqu’au bout ! »

Mona Francis est championne de France en paratriathlon. Athlète de haut niveau et Orvaltaise, elle s’entraîne aujourd’hui avec ferveur pour les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, et son agenda est bien rempli : stage de l’équipe de France de paratriathlon à Lanzarote (île des Canaries), tests techniques à Cannes, course de 10 km à Saint-Médard-en-Jalles (33) et prochain triathlon à Montélimar (26)… Entre deux événements sportifs, elle a accepté de nous livrer son regard sur la place des femmes dans la société. 

« Si j’avais été un homme, j’aurais été aussi heureux ! » : d’entrée de jeu, Mona Francis, cette femme au destin hors du commun, donne le ton. « Dans mon métier de sportive de haut niveau, il n’y a pas de différence entre les femmes et les hommes, on n’est pas stigmatisé et, personnellement, ça me va bien ! Quand je me suis lancée et que j’ai contacté la Fédération française de triathlon, personne ne m’a demandé si je voulais avoir des enfants, on a simplement respecté mes choix. Moi, je m’entraîne tous les jours comme le ferait un homme. C’est un choix personnel. Certaines femmes donnent les dates de leur cycle menstruel à leur entraîneur, c’est aussi leur choix, il faut le respecter. » Cette trentenaire au large sourire nous avoue que, dans son entourage proche, cette égalité entre femmes et hommes existe aussi au quotidien. « J’ai trois frères. Personne ne m’a jamais demandé : ʺAlors, quand est-ce que tu nous fais des enfants ?ʺ. Les personnes qui m’entourent n’éprouvent pas le besoin de me rappeler constamment que je suis une femme. De toute façon, je crois que je n’accepterais pas ce genre de remarques… »

Après des études de vétérinaire, Mona Francis se lance en 2017 dans le sport de haut niveau : « J’avais envie de relever ce défi, je n’ai pas trop réfléchi, je venais de terminer mes études de vétérinaire et je n’avais pas encore mon cabinet, je n’avais pas encore fondé de famille, c’était le bon moment ! Je suis très heureuse aujourd’hui d’avoir fait ce choix, je l’assume pleinement ». Née en France d’un père libanais et d’une mère française, Mona perd sa jambe droite à 21 ans dans un accident de moto. Elle s’inscrit alors en natation handisport pour rencontrer d’autres personnes handicapées : c’est là que tout commence ! Piquée par la passion du sport et l’esprit de compétition, elle participe ensuite, en 2014, aux jeux asiatiques paralympiques avec le Liban, puis revient en France en 2016 et s’installe à Nantes où elle a de la famille. Elle s’inscrit alors au Saint-Herblain Triathlon Club (SHT) et au Racing Club Nantais (RCN), et participe, en 2017, à sa première manche de coupe du monde à Besançon. Elle remporte la première place et devient championne de France ! Après avoir participé aux Jeux Olympiques et Paralympiques de Tokyo 2021, elle prépare actuellement, à 31 ans, ceux de Paris 2024 avec une grande persévérance.

Alors comment faire avancer le droit des femmes ? Selon elle, en essayant de leur donner les mêmes chances qu’aux hommes. « J’ai vécu 16 ans au Liban, je sais ce que c’est que de laisser de la chance aux femmes. C’est le cas en France. Au Liban, si une femme porte une mini-jupe, elle se fait siffler. Là-bas, on demande systématiquement à une femme qui est son mari. On ne lui demande pas ses origines à elle, mais les origines de son mari. Je suis heureuse d’être une femme en France. » Mona Francis, qui est venue s’installer à Orvault en 2019, poussée par l’envie de calme et de verdure, s’empresse d’ajouter : « Il faut aussi essayer de donner aux femmes davantage confiance en elles. La confiance en soi, c’est primordial pour faire bouger les choses. Mais c’est un processus qui prend du temps, il faut être gentil avec soi-même, apprendre à s’accepter et à s’aimer ».

Mona Francis se considère-t-elle comme féministe ? Non. « Le féminisme, c’est un mot qui est tordu dans tous les sens aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on l’utilise de plus en plus mal. Selon moi, chaque femme est libre de vivre comme elle le souhaite. Par exemple, certaines femmes préfèrent ne pas gagner leur vie ou ne pas endosser de responsabilités professionnelles, nous devons respecter leur choix. Et certains hommes préfèrent être hommes au foyer, nous devons aussi respecter leur choix ! Quand il y a une injustice, oui, il faut en parler, mais doit-on tout de suite crier au féminisme ? Je ne suis pas sûre que ce soit la solution… ». Le mot de la fin, donné par cette paratriathlète d’exception : « Femme ou homme, peu importe, pour moi, il s’agit avant tout de faire des choix et de les assumer jusqu’au bout ! ».

 

Propos recueillis par Cécile Roger, rédactrice